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OLTC, la série policière d’anticipation qui veut bousculer le petit écran

Par Florent Bovicelli le Mercredi 19 Juin 2013 à 16:27

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Depuis quelques semaines, un curieux sigle affole quelque peu les internets : OLTC Derrière ces quatre lettres se cache l’Office central de Lutte contre le Trafic de biens Culturels, mais derrière cet acronyme c’est surtout un ambitieux projet de série qui se dissimule. Bousculant les habituelles productions cinématographiques régionales, OLTC entend frapper fort. Mais pour l'instant, elle se doit de convaincre un diffuseur.

 

Ingrid Franchi est ce qu’on pourrait appeler une autodidacte. Son parcours est aussi atypique que le projet qu’elle défend aujourd’hui. Originaire de Marseille, la sudiste ne passe pas par la case école de cinéma et préfère se frotter directement au terrain.   "J’ai pas mal bourlingué, je suis passée par plein de postes mais j’ai toujours gardé une ligne de direction : devenir réalisatrice ". Aujourd’hui embauchée dans une chaîne éducative à Lyon, elle n’en oublie pas ses envies premières et se lance dans le projet OLTC.

L'anticipation : "juste un point de vue différent sur les choses"

Développer des histoires sur le long terme, des personnages, des sous-intrigues, c’est précisément ce qui a poussé Ingrid vers l’écriture d’une série comme OLTC. " Chaque épisode est basé sur des vrais vols d’œuvres d’art, il y en a eu tellement qu’on peut faire ce qu’on veut", le tout plongé dans une ambiance futuriste. N’espérez pas croiser des voitures volantes ou des pistolets laser, OLTC lorgne vers l’anticipation. Comprenez un quotidien semblable au nôtre mais vieilli d’une cinquantaine d’années. Un genre qui ne nécessite pas le budget de la science fiction. "  Avec une lumière particulière et un certain axe de caméra, tu peux faire de l’anticipation, c’est juste une question de point de vue ". Un genre qui n’est pas arrivé par hasard sur le projet. " Je n’aime pas trop le réalisme, avoue la cinéaste. Le côté je vais m’acheter mon pain et je le filme tel quel. J’imagine que quelqu’un achète son pain mais juste de manière différente ".

A l’heure où Canal+ a prouvé que le fantastique était possible dans une série française, ou qu’Arte a produit une fiction sur l’univers du porno familial, Ingrid Franchi surfe sur cette nouvelle vague et opte pour l’ambition. " J’arrive au bon moment, mais ça ne s’est pas fait exprès, ça fait trois ans que je suis dessus. Ca commence à changer parce que les chaînes se disent : essayons des choses et parfois le public suit ".

L'envergure européenne

OLTC c’est aussi une histoire de patience. Qui dit peu de moyens dit malheureusement beaucoup de délais. Trois ans qu’Ingrid se mobilise pour son projet. Dont 6 mois de dossiers avec d’interminables demandes de subventions, " un travail fastidieux " aux dires de la cinéaste. Deux ans de préparation sont nécessaires pour mettre en place un tournage qui durera seulement 15 jours. Une campagne de financement participatif en ligne, qui a rapporté plus de 5 000 euros, ajoutés à une somme équivalente sortie de la poche de la cinéaste et près de 20 000 euros de subventions et le tournage pouvait enfin commencer. En juin 2012, l’équipe s’exporte aux quatre coins de l’Europe, deux jours à Lausanne, cinq à Madrid où une prestigieuse école de cinéma locale leur donne même un coup de main, le reste du tournage se fera à Villeurbanne et ses alentours. Subvention d’une commission européenne oblige, " en retour il fallait tourner dans des villes européennes ". Une contrainte qui se muera en opportunité narrative. " Les vols d’œuvres d’arts après tout, il y en a partout en Europe ". Aujourd’hui, après un peu moins d’un an de postproduction, un prologue de 17 minutes a vu le jour afin de livrer un aperçu de l’univers proposé par OLTC. Mais surtout afin de convaincre un éventuel diffuseur pour produire et ainsi lancer la production de la série. L’idéal, pour la créatrice, resterait une chaîne de télévision. " Le problème du web, c’est qu’il n’apportera pas l’argent nécessaire pour financer la suite, il faut vraiment du budget pour payer les acteurs et les techniciens ".

Court mais intense

Un tournage de quelques jours certes mais qui se voudra tout de même épique pour la cinéaste. Entre les problèmes techniques, la gestion de l’équipe qui travaille bénévolement sous la direction d’Ingrid ou les plombs qui se font la malle pendant une scène, la pression était " affreuse ". 50 techniciens, plus de 150 figurants et une trentaine d’acteurs. " On le sent sur une image du making-of, le dernier jour sur le dernier plan, je suis sur ma chaise et ça se sent, j’ai une tête déconfite, je n’en peux plus ". Sans compter, les tempéraments des acteurs, " des bombes à retardement " selon la réalisatrice. " Ils ont des choses à expulser et toi tu dois moduler ces pulsions ".  Côté casting justement, quelques acteurs de Paris se bousculent devant la caméra. Pas de grosses têtes d’affiche mais quelque visages bien connus du petit écran tels Ambroise Michel passé par Plus Belle la Vie ou encore Alain Blazquez récemment vu dans les Revenants et venu un peu par hasard sur le tournage. " Mon assistante le connaissait, lui a parlé du projet. Il a dit oui sans trop savoir où il allait ".

La question locale

La question qui peut se poser c’est pourquoi OLTC, projet de série coproduit par une cinéaste originaire du Sud et One Cut, société de production lyonnaise, s’invite dans nos pages ? Tout simplement parce qu’en plus d’y habiter, Ingrid a tourné une partie de son intrigue à Rive-de-Gier. Au tribunal plus exactement qui délaissera son usage judiciaire une fois à l’écran puisque la réalisatrice y a installé le repaire de son dictateur, grand vilain de son récit. Ingrid et son équipe n’y ont travaillé qu’un seul jour. Sauf que c’est précisément le jour où un acteur, plaqué contre une vitre dans le cadre d’une scène, fait exploser cette dernière. " Du coup, la prise est géniale ". Les 200 euros de réparation le seront un peu moins. Les jeunes du club de boxe local sont également venus prêter leur jeu de jambes. " Ils ont participé à une scène et ont tout donné ". Tellement que l’un d’entre eux repartira avec un claquage de la jambe. " Ca veut dire que c’était crédible ".

La post-production désormais terminée, Ingrid a investi quelques salles de projections à Lyon pour diffuser son prologue. La première étape avant d'investir le petit écran ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

 

Question Bonus Audio : L’histoire, justement de quoi ça parle ? Pour avoir la réponse, écoutez le pitch de la série résumée par sa créatrice en personne dans notre question audio.

Crédits photos : Maina Loat, Ingrid Franchi/Onecut production

Tags : OLTC, Rive-De-Gier, Ingrid Franchi, One Cut,

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