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Head Trick, l'ambitieux pari des frères Chazal

Par Florent Bovicelli le Vendredi 17 Mai 2013 à 15:20

Tout commence avec deux frères passionnés de manga qui décident de sauter le pas et d’inventer leur histoire. Celle qu’ils voudraient voir se dessiner dans les pages des bouquins qu’ils dévorent. Pour cela, ils créent leur propre maison d’édition et se lance corps et âme dans l’aventure. Aujourd’hui, c’est 15 000 opus vendus et plus de 45 000 inscrits sur le site officiel de leur récit : Head Trick. Rencontre avec Damien, l'un des frères Chazal, des Montbrisonnais pour qui l’imagination et la création n’ont plus vraiment de limites.

 

Deux frères, un défi, une envie

Passionnés de manga depuis toujours, les frères Chazal grandissent avec des noms tels Capitaine Tubasa (Olive & Tom en V.O) ou City Hunter (Nicky Larson, toujours en V.O) comme références. Si bien qu’Emeric embrasse des études de japonais avant de s’envoler pour le pays du soleil levant. Les deux frangins trainent l’envie d’accoucher de leur propre récit et décident de sauter le pas. Quelques coups de fil passés et Emeric parvient à arranger un entretien avec un responsable de Shueisha, maison d’édition de mastodontes littéraires japonais à l’instar de Naruto ou autre Dragon Ball. Déterminé, Emeric se tient au rendez-vous et débarque avec quelques planches sous le bras. L’éditeur les consulte et demande : « avec quel japonais travaillez-vous ? » Le japonais en question ce n’est autre qu’Emeric lui même. Autodidacte et surtout passionné, le Montbrisonnais s’est chargé du dessin des quelques pages présentées. Plus habitué à voir les européens réaliser du franco-belge, l’éditeur, convaincu, commande ni plus ni moins qu’un pilote. Et qui dit pilote dit éventuelle diffusion.

9 mois plus tard

De retour en France, Emeric travaille d’arrache pied avec son frère pour accoucher d’un pilote. Ils pondent une cinquantaine de page censée représenter l’esprit de la série. En juin 2012, ils retournent, tous les deux cette fois, à la rencontre de l’éditeur, un pilote dans les valises. Il feuillette les planches, jette un coup d’œil et avoue aux deux montbrisonnais ne pas avoir imaginé qu’ils mèneraient le projet à terme. Pourtant, le responsable leur confie que les affaires ne fonctionnent pas de la sorte. Pour se voir éditer, il faut soit gagner un concours soit assister un auteur. Chez les frères Chazal, c’est l’incompréhension. 9 mois plus tôt, on leur commande un pilote, 9 mois plus tard on leur refuse sa publication. Emeric cherche à savoir si le problème vient du manga ou des planches réalisées. Loupé, l’éditeur soutient que le manga est réussi  et qu’il ne faut rien changer. « On s’attendait à tout sauf à ça », avoue Damien.

 

Avec ou sans maison d’édition

Deux mois s’écoulent, les deux frères sont rentrés en France. La réaction de l’éditeur, inexpliquée jusqu’alors, devient compréhensible avec l’annonce de la fermeture du magazine pour lequel ils postulaient. « Il ne pouvait pas dire à des étrangers, dans 2 ou 3 mois on est foutu » comprend Damien. Un autre évènement va marquer le duo fraternel. « Quand on est retourné à la maison d'édition, on a vu une salle remplie de petits en train de lire ». Des « beta-testeurs ». Ils lisent les bouquins, répondent aux questions des employés. Ces derniers prennent des notes, font des études de marché et enfin, passe commande ou non d’une œuvre. « Il n’y a pas de démarche créative comme on le pensait, mais des œuvres faites sur commande dont la création était guidée par l’argent, en tant que fan ça nous a déçus ». L’évènement renforce les deux frères dans l’idée que s’ils désirent être parfaitement libres, ils doivent suivre l’un des conseils donnés par l’éditeur : ils doivent s’autoéditer.

 

Le web comme solution de repli

Fin 2009/début 2010, les Chazal commencent par créer un site internet et y jettent les premières planches. Six mois se passent et un peu plus de 20 000 inscrits sont au rendez-vous. « Ça a été le déclic, on a pris la décision de tenter le coup ». Ainsi courant 2011 la maison E.D éditions voit le jour. Le premier volume papier d'Head Trick avec. Head Trick, ce sont les mésaventures d’Ed une tête brûlée un peu incontrôlable qui méprise le foot et l’école par dessus tout. Manque de pot, il est envoyé dans une école spécialisée pour les individus comme lui avec le football comme moyen de canaliser et rééduquer les élèves. Avant chaque impression, les chapitres sont publiés sur le site et disponible pour les inscrits. Une fois le nombre de chapitre suffisants pour un volume papier, celui-ci est envoyé à l’imprimerie.


Head Trick - Le Manga LIBRE ! par Head-Trick

Aujourd’hui, les 15 000 ventes ont été dépassées, 1000 membres sont sur le fan club et près de 45 000 lecteurs inscrits sur le site.

Le prix de la liberté

Fort d’une ancienne activité de site de vente de produits dérivés (...de mangas), leur banque leur fait confiance, « et nous ont suivi » se réjouit Damien. Un prêt de 50 000 euros leur est accordé. Depuis, les Chazal se sont donnés un délai de 3 ans pour arriver à l’équilibre, « on n’y est pas encore mais on s’y approche. Le plus difficile dans le manga : c’est un produit qui n’est pas cher, dans les 7 euros, les marges sont donc faibles. Il faut vendre énormément avant de pouvoir être à l’équilibre et pour ça il faut un large réseau de points de vente ». Aujourd’hui, E.D éditions travaille avec une centaine de ces points de vente, « on est obligé de construire le réseau petit à petit. Si on passe par un distributeur, on y perdrait notre indépendance. Peut-être qu’un jour, on y viendra, concède Damien, avant de reprendre : Nous ce qu’on aime c’est créer, vendre ce n’est pas notre passion. Pour l’instant, on ne prend pas cette option. Le fait qu’on ne le fasse pas ralentit la rentabilité du titre, mais c’est le revers de la médaille de la liberté ». Les ventes permettent d’amortir une partie des frais (locaux, achat de matériel, remboursement d’emprunt) mais les frères Chazal sont dans l’incapacité de se verser un quelconque salaire. « Le but c’est d’arriver à sortir un salaire et pouvoir dire qu’on en vit ».

Un manga, mais pas seulement

La vente de produits dérivés se pose comme une autre source de revenus. Désormais, ils passent à la vitesse supérieure, après les figurines et peluches avec un nouveau produit et pas des moindres : le Milkiky.

Pour découvrir cet audacieux projet, ça se passe avec le thinglink juste en dessous. Passez votre souris sur l’image, cliquez sur les icônes qui apparaissent et lisez.

 

 

 

Tags : manga, Head Trick, Montbrison, ED éditions